Buffet-Collomb : une union de crise(s)

Publié le 28/05/2020

Le maire de Lyon a annoncé aujourd’hui qu’il ne briguait plus la présidence de la Métropole. Il soutient désormais la candidature du sénateur LR. Pour les municipales lyonnaises, bien qu’arrivé en deuxième position derrière Grégory Doucet (EELV), Etienne Blanc fait les frais de ce rapprochement en laissant le leadership à Yann Cucherat pour les listes fusionnées.

La crise sanitaire que nous vivons implique décidément d’importants changements de comportement. Après avoir renoncé à l’Anneau des sciences, Gérard Collomb a annoncé aujourd’hui renoncer à briguer la présidence de la Métropole. Devenu maire de Lyon en 2001 à la tête de listes de la gauche plurielle, l’ancien ministre de l’Intérieur vient d’opérer un rapprochement avec Les Républicains en soutenant la candidature de François-Noël Buffet à la tête du Grand Lyon. Le second a certes été le vice-président du premier entre 2001 et 2003 mais il siège depuis dans l’opposition.

A l’origine de cette fusion de listes qui ne porte pas encore de nom et aux contours encore assez flous  ? La crise sanitaire évidemment. « Nous voulons une union pour affronter la crise et permettre la reconstruction de Lyon », a expliqué Gérard Collomb. « C’est un rassemblement autour de l’intérêt général », renchérit François-Noël Buffet. Evidemment, il y a aussi une crise électorale derrière ce rapprochement avec les mauvais résultats des deux têtes de listes lors du premier tour des municipales et des métropolitaines. Surtout avec la perspective de voir EELV diriger les deux collectivités en alliance avec « l’extrême-gauche », comme le critiquent les nouveaux alliés.

« Combat économique et sociétal »

Le maire de Lyon a dirigé la ville et la communauté urbaine durant vingt ans avec les écologistes  ? « Ils ont changé. Avec Gilles Buna comme adjoint à l’urbanisme c’était différent. J’ai l’impression qu’il y a une régression, note Gérard Collomb. Notamment sur la constructions de logements. Les mal-logés, il ne faut pas seulement en parler, il faut leur apporter des solutions ».

Rapidement, le mot de « décroissance » vient à la bouche d’Etienne Blanc qui – bien que deuxième derrière EELV – sacrifie sa candidature à la mairie de Lyon au profit de Yann Cucherat à la tête des listes fusionnées. « L’économie est dans l’ADN de la ville, rappelle le premier vice-président de la Région. Ce rapprochement c’est le principe de responsabilité avec un projet de transformation et non de révolution dans la crise que nous traversons ».

Après les discussions de ces derniers jours et l’aval de Laurent Wauquiez, de projet il n’est en fait guère question pour le moment. Chacun reste évasif sur le programme porté par le nouvel attelage mis à part le fait de faire face à la crise. « Il s’agit d’un combat économique et sociétal », insiste Gérard Collomb qui ne renonce pas pour autant à siéger à la Ville et à la Métropole dans le prochain mandat. « Je continuerai à jouer un rôle », prévient-il tout en vantant « le talent, la connaissance des dossiers et l’homme de consensus » qu’est FNB auquel il s’opposait hier encore.

« Ligne rouge »

Les communiqués de réaction n’ont évidemment pas tardé à pleuvoir. « Droite plurielle », « compromission politique », « accord condamnable » pour la socialiste Sandrine Runel, « cette alliance, c’est le refus d’inscrire notre ville dans le changement de civilisation qui s’impose ». « Je dénonce les petits arrangements entre ennemis qui ont été négociés dans l’ombre par Gérard Collomb, paniqué par la perspective de la défaite, et Laurent Wauquiez, figure de proue de la droite conservatrice, écrit pour sa part David Kimelfeld. Il n’est pas question de projet. Il n’est pas question d’écologie, de réponse à la crise économique et sociale, des difficultés rencontrées par les habitants. Il n’est question que de rangs, de places et de partage du pouvoir ». Un peu dans la même tonalité de la « perte de valeurs », Bruno Bernard (EELV) assure : « Cette alliance entre LR et LREM clarifie les choses. Les grands lyonnais ont dorénavant le choix entre cette coalition anti climat et sans projet politique et les listes écologistes ouvertes à toutes celles et tous ceux qui ont compris les enjeux d’aujourd’hui ».

Reste que les grincements se font déjà entendre dans le propre camp des nouveaux alliés avec des colistiers prenant leurs distances comme Julien Ranc, tête de liste collombiste dans l’Ouest lyonnais. Stanislas Guerini, le patron de LREM, parle quant à lui de « ligne rouge » franchie par Gérard Collomb et veut faire étudier la désinvestiture de Yann Cucherat aux municipales en affirmant « nos valeurs seront toujours plus importantes que quelques sièges dans un conseil municipal ». Epilogue normalement le 28 juin dans les urnes.

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