Journées du Patrimoine : sur les traces des prêtres-artistes

Publié le 15/09/2020

Parmi les propositions des « JEP 2020 », l’histoire et les œuvres de ces abbés un peu particuliers offrent un chemin de traverse entre art et patrimoine. 

Il n’y en a pas que pour les profanes comme Michel-Ange à la chapelle Sixtine ou – plus près d’ici – le peintre Jean Fusaro dans de l’église de Saint-Jacques-des-Arrêts, au nord du Beaujolais. Vitraux, tableaux et autres chemins de croix embellissant les lieux de culte peuvent également être l’œuvre… de prêtres.

C’est cette facette peu connue de leur engagement et, derrière les œuvres, les hommes qu’ambitionne de nous faire découvrir le très joliment illustré livre Prêtres & Artistes qui vient de paraître aux éditions Lieux-Dits. Plasticiens ou musiciens, l’ouvrage permet de suivre la vie de 29 d’entre eux, tous issus du diocèse de Lyon.

« Facteur Cheval local »

Parmi ceux qui officient encore, le témoignage de Mickaël Frontini est assez touchant. Peu à son aise dès qu’il s’agit de s’exprimer en public, il laisse libre cours à sa créativité pinceau en main sur des supports très divers. Selon ses propres mots, peindre l’a sauvé de la dépression alors qu’il ployait sous sa charge ecclésiastique. Dans la région, il a notamment réalisé avec les habitants des Minguettes la décoration extérieure de l’église de l’Epiphanie à Vénissieux.

Dans un tout autre genre, comment ne pas citer Pierre Cognet qui laisse à Saint-Jean-de-Touslas une sacristie, un presbytère et un monument aux morts bâtis de ses propres mains. Le tout orné de moult mosaïques réalisées avec des matériaux de récupération (tessons de verre, cailloux, vaisselle cassée, faïences…). « C’est un petit peu le facteur Cheval local« , explique Violaine Savereux-Courtin, responsable de la commission d’art sacré du diocèse, qui a dirigé l’ouvrage. L’ensemble est inscrit aux Monuments historiques.

Comment ne pas citer également Pierre Darphin dont on peut trouver les tableaux et autre sculptures dans plusieurs églises lyonnaises. Citons la fresque A la mémoire des martyrs de Lyon dans la crypte de Saint-Irénée (5e), le christ en croix à Saint-Polycarpe (1er), la toile consacrée à Saint-François-d’Assise dans l’église éponyme à Saint-Rambert ou les panneaux du presbytère de Saint-Pierre-de-Vaise (9e).

Le Fils Prodigue, vitrail dessiné par Louis Ribes et réalisé par l’artiste-verrier lyonnais Jean-Jacques Fanjat, église Sainte-Catherine. Photo Martial Couderette.

Chemins de croix cubistes

Autre figure majeure et contemporain de Pierre Darphin  : Louis Ribes. Son œuvre marquée par le cubisme demeure d’une étonnante modernité. A tel point que lorsque ses amis prêtres lui commandaient par exemple des vitraux, c’était en bravant l’interdit de la commission d’art sacré du diocèse… la même qui le célèbre aujourd’hui. On peut admirer ceux-ci dans les églises Saint-Côme-et-Saint-Damien (Caluire), Saint-Antoine (Charly), Saint-François-de-Sales (Dième), Saint-Martin de Cornas (Givors), Notre-Dame-de-l’Assomption (Loire-sur-Rhône) et Sainte-Catherine (Sainte-Catherine).

Louis Ribes a également réalisé – entre autres – des tableaux seuls (églises de Chagnon, Chuzelles, Les Sauvages, Saint-Germain-au-Mont-d’Or) ou pour des chemins de croix. Signalons particulièrement celui de l’église de Chambost-Allières, inscrit aux Monuments historiques (ci-dessous) et celui de Pomeys (ci-dessus, détail de la station III Jésus tombe pour la première fois).

Signalons qu’à l’occasion des Journées du patrimoine les auteurs du livre organisent des visites guidées à Chambost-Allières le samedi 19 septembre à 14h30 et 16 heures et à Sainte-Catherine le dimanche 20 à 15 heures.

Difficile enfin de ne pas citer le frère Marie-Alain Couturier. Pour ses œuvres évidemment mais également pour sa pensée. C’est en effet ce dominicain qui a fait rentrer l’art du XXe siècle dans les églises. Qu’il s’agisse de confier la conception du couvent de la Tourette (Eveux) à Le Corbusier ou de faire intervenir Braque, Léger, Matisse ou Chagall (en plus de lui-même) dans l’église Notre-Dame-de-toutes-Grâces sur le plateau d’Assy (Haute-Savoie). Et de faire le lien entre art et foi en expliquant  : « Il vaut mieux s’adresser à des hommes de génie sans la foi qu’à des croyants sans talent« . Nul doute que ces prêtres avaient un peu des deux.

Renseignements sur ces œuvres et sur les églises XXe siècle via l’application Nessia.

 

 

Détail de la station IV du chemin de croix de l’église de Chambost-Allières (Le Christ rencontre sa mère), par Louis Ribes. Photo Martial Couderette.

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