Stationnement : l’amende de 60 euros qui fait débat  

Publié le 24/10/2017

A partir du 1er janvier, ne pas payer son ticket de stationnement pourra conduire, selon le lieu où l’on est garé, à un forfait de 35 ou de 60 euros. La mesure a été adoptée ce lundi en conseil municipal.

Un coup d’arrêt à la fraude à l’horodateur ? Selon les services de la Ville, 75% des automobilistes ne s’acquittent pas de leur ticket de stationnement, préférant risquer 17 euros d’amende. Demain, à la faveur de la loi Maptam, ils devront s’acquitter d’un « forfait post-stationnement » dont le montant est laissé à la libre appréciation des collectivités. Et Lyon a décidé de taper fort : 60 euros en Presqu’Ile et sur les grands boulevards, 35 euros dans les autres secteurs payants. La mesure est couplée à la possibilité de payer à la minute via une application pour smartphone, de recharger à distance selon le temps restant, et même de se voir remboursé le trop plein versé en cas de stationnement plus court que prévu.

« Une meilleure rotation du stationnement »

Le sujet était à l’ordre du jour du conseil municipal de lundi. Et il a fait débat, jusqu’au sein de la majorité, comme l’a reconnu subrepticement Thomas Rudigoz (LREM), député et ex-maire du 5e arrondissement, à propos de ce montant de 60 euros.  Jean-Yves Sécheresse, adjoint délégué à la sécurité, a vanté un dispositif de nature à favoriser « la fluidité, une meilleure rotation du stationnement ». « Tricher devient plus couteux », a assumé l’élu. Selon lui, si les autres métropoles affichent des tarifs plus bas, c’est notamment en raison d’une durée de validité plus courte – pour certaines de trois heures – au-delà duquel un 2e forfait est appliqué. A Lyon, 35 ou 60 euros couvrent dix heures.

Dans la foulée, Jean-Yves Sécheresse a annoncé l’instauration d’un tarif annuel pour l’obtention d’une vignette résident, de 40 euros pour un premier véhicule et de 60 euros pour le second véhicule, qui se cumule avec le coût d’utilisation déjà en vigueur, par exemple de 20 euros par mois. Selon l’adjoint, 40% des détenteurs du précieux sésame ne l’utilisent pas, et certains bénéficiaires disposent de garages qui demeurent ainsi vacants. Un abattement de 30% sera appliqué pour les véhicules hybrides et électriques.

« A 60 euros, on est champions de France »

« 17 euros, ce n’était pas assez dissuasif », convient volontiers Emmanuel Hamelin (Les Républicains). « Nous aurions été d’accord avec une augmentation raisonnable », a-t-il estimé, détaillant les montants des forfaits des autres grandes villes : 16 euros pour Nice, 17 euros pour Lille et Marseille, 35 euros pour Bordeaux et Nantes, 50 euros pour Paris. « A 60 euros, on est champion de France », tranche l’élu de la Croix-Rousse. Il propose un tarif unique de 35 euros correspondant à une seule séquence de 10 heures pour la zone Tempo (celle qui instaure un tarif de 35 euros), et deux séquences pour la zone Presto (celle qui instaure un tarif de 60 euros). « Posséder un simple véhicule va devenir un signe extérieur de richesse » a grincé Stéphane Guilland (LR). « Vous poursuivez le racket organisé des Lyonnais. Il est manifestement plus facile de faire les poches des Lyonnais que de faire des économies », a-t-il ajouté. « Nous avons déjà la piscine la plus chère de France, les transports en commun les plus chers de France, nous aurons désormais l’amende stationnement la plus chère de France », a abondé Isabelle Granjon (groupe Lyon Citoyenne et Solidaire). « Sous la pression des écologistes, vous avez décidé d’écœurer les automobilistes »,  a renchéri Christophe Boudot (FN). Il demande un référendum local sur le sujet.

« Le stationnement souterrain est sous-utilisé »

Maire du 2e arrondissement, Denis Broliquier (UDI) n’a pas mêlé sa voix à ce concert de critiques, se félicitant d’une vraie concertation. « Le stationnement de longue durée en surface n’est plus possible dans une ville qui bouge. Aujourd’hui le stationnement souterrain est sous-utilisé », a-t-il analysé. Il est vrai que Jean-Yves Sécheresse n’a pas manqué de faire un clin d’œil oral à Louis Pelaez, président de Lyon Parc Auto, présent dans l’hémicycle. En revanche Denis Broliquier ne cautionne pas le tarif des vignettes résidents, « un énième impôt au contribuable lyonnais». Il demande à ce que le premier véhicule de chaque foyer en soit dispensé.

Europe Ecologie les Verts souhaite presque l’inverse, c’est-à-dire la suppression de la possibilité d’une 2e vignette par ménage. « J’ai cru entendre l’Automobile Club qui ne se soucie pas de la qualité de l’air », a ironisé Françoise Chevalier. Elle a mis en parallèle le taux de fraude dans les transports en commun – 13% – avec celui du stationnement – 75% – pour conclure à l’urgence d’agir. L’élue a aussi souligné que le nouveau forfait post-stationnement sera de même montant que l’amende dans les TCL, soit 60 euros.

« Ce qui est injuste, c’est que des gens qui devraient payer leur stationnement ne le paient pas », a insisté le maire, Georges Kepenekian, qui souligne que les tarifs de stationnement (hors amende) n’ont pas changé depuis 2009. Il espère que la meilleure rotation des véhicules conduira à une diminution du stationnement sauvage ou en double-file.

 

 

 

 

 

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Commentaires sur Stationnement : l’amende de 60 euros qui fait débat  

  • Bernard G. dit :

    Bonjour

    Cinq jours après la publication de votre article, pas beaucoup de débats, tous comptes faits ?
    Il faut savoir que dans certains pays voisins du notre, le stationnement payant et les interdictions de stationner sont à peu près intégralement respectés, grâce à des amendes « salées » – pouvant dépasser les 100 euros.
    Un tel montant – dont le produit va directement à la Collectivité locale (et pas au Ministère des Finances national comme c’est le cas en France jusqu’au 31 décembre 2017) – permet notamment de couvrir les frais de surveillance, mais assure également aux livreurs de marchandises de trouver une place ailleurs qu’en double file, aux piétons de conserver des trottoirs libres, aux bus de voir leurs couloirs respectés.
    Ce sont des résultats jugés positifs, et le modus operandi français – laxiste et constamment violé – était totalement désuet.