« Le logement social, c’est un investissement »

Publié le 23/06/2017

Le directeur d’Est métropole Habitat, Cédric Van Styvendael, a été élu président de Housing Europe, à l’issue d’une assemblée générale qui s’est tenue le 16 juin à Amsterdam, pour un mandat de trois ans.

A quoi sert Housing Europe ?

Dans tous les pays, il existe des organisations comme l’Union sociale pour l’habitat en France, qui fédère les organismes HLM. Housing Europe, créée en 1988, permet de représenter les intérêts de tous ces acteurs à l’échelle européenne, qu’ils interviennent dans le champ de la location sociale ou de l’accession sociale de la propriété. Elle représente 23 millions de logements sociaux. La dizaine de salariés basés à Bruxelles travaille sur des enjeux de lobbying, de partage de bonnes pratiques et de recherche.

Quelles différences observez-vous entre le système français et les autres ?

Nous avons un modèle plutôt favorable, malgré une diminution des dotations de l’Etat à 250 millions d’euros. Nous bénéficions à la fois d’aides indirectes via des exonérations fiscales, des aides à la production – aides à la pierre – et des aides aux bénéficiaires. Le financement est facilité par les prêts bonifiés de la Caisse des dépôts et consignations et l’épargne populaire (via les livrets A). Dans un contexte de future remontée des taux, c’est un avantage fort.

Quels sont les autres systèmes européens ?

Il y a trois modèles. Un modèle dit résiduel qui loge les plus pauvres, par des logements très abordables en petite quantité. C’est le cas au Royaume Uni, où à la suite du gouvernement Thatcher, le parc social est passé de 4 à 1 million d’appartements, à la faveur du « right to buy » – les logements étaient cédés à leurs locataires. A l’inverse, il y a le système généraliste en vigueur au Nord de l’Europe, où les logements sont proposés sans condition de ressource. Il est aujourd’hui contesté par la réglementation européenne, et les Pays-Bas ont dû par exemple introduire des conditions de ressource.  La France est entre les deux modèles, avec beaucoup de logements sociaux et sous conditions de ressource – mais près de 70% de la population française peut y accéder.

Vous dites que le modèle est « mis à mal dans certains pays de l’Union européenne ». Par qui ?

Certains lobbies voudraient que le logement social échappe à la protection et aux aides des Etats, et soit soumis aux lois du marché. Ils souhaitent que n’importe quel promoteur puisse faire du logement social. On s’est battu pour que le logement social soit reconnu comme un service d’intérêt économique général.

Visez-vous aussi la production en vente en état futur d’achèvement (VEFA), construite par des promoteurs privés et cédée aux bailleurs ?

Aujourd’hui 72% de la production de logements sociaux est assurée par la VEFA. Si on arrive à 100%, on peut s’attendre à un dialogue serré sur la question des prix et de la localisation des futurs logements sociaux. Je rappelle que les bailleurs n’ont pas d’intérêt capitalistique, ce qui n’est pas le cas des promoteurs.

Vous avez dit « le logement social n’est pas une dépense, c’est un investissement ». C’est une idée qui n’est pas facile à faire passer ?

C’est une politique publique parfois perçue négativement. Ce n’est pas le logement social qui produit de la ségrégation. En construire, c’est investir dans les territoires, permettre de loger les salariés. Ce sont autant de coûts évités à la collectivité, en termes de santé, de déplacements, de développement durable… Nous avons deux à trois ans d’avance sur le parc privé pour l’adoption de nouvelles normes énergétiques. Et la construction de logements sociaux fait aussi tourner l’économie du bâtiment.

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