Région : les trois points noirs de la gestion Queyranne

Publié le 24/06/2016

La chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes a rendu public jeudi un rapport passant au crible les actions du conseil régional entre 2010 et 2014.

 

Le document était attendu, alors que le nouveau président de Région, Laurent Wauquiez, avait accusé son prédécesseur, Jean-Jack Queyranne, « d’une gestion criminelle ». Or le rapport de la chambre régionales des comptes qui épluche les finances de la collectivité de 2010 à 2014 ne laisse apparaître ni crime ni cadavre, évoquant même « une situation financière favorable ». On y apprend que la capacité d’autofinancement, de 362 millions d’euros, bien qu’en repli, est d’un « montant élevé ». Les magistrats décernent un satisfecit quant à l’information transmise aux élus pour le débat d’orientation budgétaire et le vote du budget. De même, la charge salariale s’établit à 37 euros par an et par habitant (contre 33 pour l’Ile-de-France, 42 pour l’Aquitaine, 47 pour l’Auvergne et PACA). En revanche, trois points noirs sont développés.

Cher Hôtel de Région à la Confluence

 

C’est le sparadrap des deux mandats de Jean-Jack Queyranne : la construction du nouvel Hôtel de Région à la Confluence, en remplacement de l’ancien siège de Charbonnières où les salariés étaient répartis sur sept bâtiments (dont cinq en location). Il en a coûté 178 millions d’euros, une somme qui n’intègre ni les coûts de fonctionnement directs et indirects, ni les frais de déménagement. Au final, l’addition a dérapé de 30% par rapport au budget initial (même revalorisé de l’inflation et de l’évolution des coûts de construction).

Était-ce bien raisonnable ? Les magistrats relèvent que le jury a choisi en 2006 l’offre la plus chère, celle de Christian de Portzamparc (83,7 millions contre 74,8 pour le moins onéreux) qui proposait 13% de surfaces supplémentaires par rapport au programme. En cause le choix de 12 macro-lots pour désigner les sous-traitants, ce qui pouvait « favoriser les ententes », et qui ont été infructueux, obligeant la Région à négocier avec chacun des candidats. Les entreprises qui ont listé plus de 5000 « réserves » ont obtenu 30 millions d’euros de plus que prévu. Enfin le rapport pointe « une crise de confiance » entre l’architecte maitre d’œuvre et le mandataire, en l’occurrence la Serl.

La Région pourrait cependant réduire la douloureuse par la vente du site de Charbonnières, estimé à 25 millions. Dans sa réponse à la chambre régionale des comptes,  Jean-Jack Queyranne compare le coût de l’Hôtel de région à celui du musée des Confluences « deux fois moins grand et deux fois plus cher ».

Les dérives d’Erai

 

C’était l’épine dans le pied de Jean-Jack Queyranne dans sa campagne de l’an dernier : ERAI, « une sorte d’agence de développement économique » en charge de la promotion économique de Rhône-Alpes, a été liquidée le 30 juin 2015. Les magistrats estiment que la Région, qui finançait 60% de son budget, n’a « pas exercé le pouvoir de contrôle qu’elle détenait de la loi ».  L’association a accompagné 67% des implantations d’entreprises en Rhône-Alpes en 2013. Mais au fil des années, cette structure a connu un très cher développement, dotée de 27 implantations dans 21 pays différents. De 45 agents en 2008, elle en comptait 126 en 2011. La chambre s’étonne que tous les recrutements se faisaient à un salaire compris entre 2000 et 2300 euros, que ce soit pour des postes de secrétaires, de contrôleurs de gestion ou de commerciaux. Elle souligne « plusieurs recrutements de proches ou membres de la famille d’administrateurs ou d’agents de la Région », visant sans le dire la belle-fille de Queyranne selon une information dévoilée alors par le mensuel Lyon Capitale. Elle recense aussi 17 véhicules de fonction, dont certains attribués à des personnels n’ayant pas « des déplacements professionnels habituels ».

L’activité de l’association laisse tout de même songeur : le tiers des charges relatives à l’aide à l’exportation concernait des entreprises extérieures à Rhône-Alpes. ERAI Italie a aussi soutenu l’implantation de clients italiens au Canada ou en Allemagne. Une dérive qui a été tardivement enrayée avec un plan d’économies demandé en 2011 par le conseil régional.

Le pavillon de Shanghai 

Organisée du 1er mai au 31 octobre, l’exposition universelle de Shanghai a accueilli un pavillon régional. L’événement a ainsi coûté 16,3 millions à la collectivité, incluant la construction d‘un éco-pavillon et la mise en lumière d’une partie de la zone d’exposition.  Ces actions ont été mises en œuvre par Erai alors qu’elle n’en avait, selon la chambre régionale des comptes, « pas le mandat approprié ». De son côté, l’ex-président souligne qu’Erai, « bien implantée à Shanghai, connaissait les arcanes des processus de décision » chinois.

Fabien Fournier

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Commentaires sur Région : les trois points noirs de la gestion Queyranne

  • Antoine dit :

    « plusieurs recrutements de proches ou membres de la famille d’administrateurs ou d’agents de la Région » Pourquoi se gêner en placent ses collatéraux et ses copains, plus 17 véhicules…! Merci M Queyranne !