Vidéosurveillance : Lyon 1er en passe de devenir « le Bronx » ?

Publié le 27/04/2016

 

Le conseil municipal de Lyon a voté lundi l’installation de six caméras supplémentaires dans le 1er arrondissement, dont une place Sathonay. La maire du 1er arrondissement, qui a voté contre, a croisé le fer avec Gérard Collomb.

 

C’est le même débat qui se rejoue chaque fois qu’est votée l’installation de nouvelles caméras : défenseurs des libertés publiques versus défenseurs de l’ordre public. Mais ce lundi, les échanges ont pris un tour polémique, opposant notamment Nathalie Perrin-Gilbert, la maire (Gram) du 1er arrondissement, à l’exécutif municipal, en plein conseil.

Sathonay : une 2e caméra dans l’axe des escaliers

La délibération portait sur l’ajout d’équipements de vidéosurveillance, en plus du programme déjà voté en juillet dernier (3,3 millions d’ici à 2020). Deux concernent la place Bellecour où sera aménagée une « fan zone » pendant l’Euro, deux le long du boulevard Yves Farge (Lyon 7e). Mais ce sont les caméras installées dans le 1er arrondissement qui ont cristallisé la polémique. L’adjoint PS à la sécurité, Jean-Yves Sécheresse, a expliqué vouloir d’un 2e « œil » place Sathonay, dans l’axe de l’escalier, qu’il décrit comme « parfois un territoire de non droit, un peu interlope » où ont été commis « des vols et des agressions ». Trois autres dispositifs seront positionnés le long de la montée de la Grande côte, et deux aux abords de la place du Griffon. L’adjoint a précisé que ce déploiement irait de pair avec l’armement de la police municipale qui permettra aux agents de travailler plus tard le soir. « Il est indispensable que ceux qui protègent soient aussi protégés », a abondé Michel Havard (les Républicains). Christophe Boudot (FN) a applaudi tout autant. Et Luc Lafond, 1er adjoint UDI du 6e arrondissement, a demandé des caméras pour le cours Lafayette dans le cadre du réaménagement de la ligne C3.

Le débat s’est polarisé à la gauche. Etienne Tête (EELV) a pointé l’absence d’efficacité de la vidéosurveillance. « D’année en année, on rajoute des caméras, il y a toujours une zone qui n’est pas surveillée, on continue, on continue, on dépense ». Selon lui, poussée à son paroxysme, cette politique « du point de vue de l’équité » devrait conduire à une généralisation des caméras à l’ensemble du territoire communal, sans zone blanche. « On ferait mieux de dépenser sur le lien social », a-t-il conclu.

Une antienne reprise par Nathalie Perrin-Gilbert qui apparait comme la 1ere opposante de l’hémicycle municipal. Elle impute les problèmes de sécurité « au départ du commissariat de police » depuis son déménagement vers la place Pradel. Elle demande, comme Etienne Tête, les conclusions d’une étude universitaire sur l’efficacité de la vidéosurveillance à Lyon, commandée il y a plusieurs années déjà. Jean-Yves Sécheresse a précisé que les résultats de cette thèse étudiante seraient présentés « dans quelques mois ».

Perrin-Gilbert accuse Collomb de « légèreté »

Gérard Collomb n’a pas manqué d’entrer de plain-pied dans le débat, développant sa vision de la sécurité publique « première des libertés », une politique qui a été un marqueur de sa transgression à gauche. Selon lui, la délinquance a cru de 38% dans le 1er arrondissement à gauche, et les cambriolages ont en particulier beaucoup progressé. Il a souligné que le détaggage de l’arrondissement accapare 25% du million alloué au nettoyage des murs de l’ensemble de la ville (hors charge salariale des agents concernés).  « Je ne laisserai pas le 1er arrondissement se transformer en espace underground (…) en Bronx d’il y a trente ans », a-t-il martelé. « C’est un arrondissement formidable qui a des ressources créatrices, qui peut être un lieu de tourisme extraordinaire qui raconte notre identité », a-t-il poursuivi. Le maire de Lyon s’enorgueillit d’avoir contribué, au côté de Gilles Bina, alors maire du 1er,  à la sécurisation des Terreaux.

Nathalie Perrin-Gilbert lui a répondu quelques minutes plus tard, rappelant avoir regretté que les Pentes sortent du dispositif de la politique de la ville – une décision gouvernementale. La maire a dit « avoir besoin d’éducateurs de quartier », y voyant « un autre moyen de lutter contre l’insécurité ». Et de s’attaquer frontalement à son ex mentor : « je ne vous envie pas d’avoir cette capacité de dire tout et son contraire », accusant Gérard Collomb de « légèreté ». Elle a voté contre la délibération.

Photo : Nicolas Saum, bibliothèque municipale de Lyon

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