Tout est bon dans le béton

Publié le 04/04/2016

Le Musée urbain Tony Garnier consacre jusqu’à la fin de l’année une exposition à la « matière grise » (le ciment), histoire de réhabiliter ce matériau mal-aimé des années 60 et 70.

Alexandre Buisine

Alexandre Buisine

Ceux qui voyaient en lui uniquement le symbole de la « modernité » des années 60 / 70 en seront pour leurs frais. Le béton remonte à la plus haute antiquité. Il y en a pas moins de cinq différents qui ont servis à bâtir le Panthéon de Rome en 125 après Jésus-Christ. L’utilisation de la « pierre liquide » aurait même commencé dès le néolithique. Dans son exposition Sacré béton !, le Musée urbain Tony Garnier présente ainsi un fragment de sol extrait des thermes de l’Antiquaille prouvant que le béton lyonnais si cher à Louis Pradel (selon « Zizi Béton », il était meilleur que tous les autres) remonte au moins à la première moitié du Ier siècle de notre ère.

Ce qui donne un aspect « récent » à ce matériau c’est le fait qu’il va connaître une longue éclipse historique entre l’Antiquité et 1817. C’est à cette époque que Louis Vicat publie le fruit de ses recherches sur les liants hydrauliques (chaux, ciment…) faisant prise dans l’eau. Ses travaux sont à l’origine du développement de la fabrication du ciment industriel au XIXe siècle. C’est son fils Joseph qui va fonder la cimenterie Vicat en Isère. Parallèlement, Léon Pavin de Lafarge développe en Ardèche la maison de chaux qui porte son nom et va travailler sur les plus grands chantiers, jusqu’au canal de Suez. La Région est ainsi le fief historique de l’industrie cimentière.

Tunnel sous Fourrière, piscine du Rhône, Gratte-Ciel…

Reste que ce n’est pas un hasard si c’est le Musée urbain Tony Garnier qui accueille cette exposition. L’architecte phare du règne d’Edouard Herriot est le premier à mettre en valeur ce matériau et ses qualités, sans le cacher derrière des enduits, par exemple. Dans toutes les constructions qu’il a conçues, on trouve du béton armé et du mâchefer. L’un des bons moments du parcours réside d’ailleurs dans les quelques images vidéos de la construction du quartier des Etats-Unis et de celui des Gratte-Ciel. Elles sont tirées des archives de L’Avenir, la coopérative du bâtiment qui a accompagné ces grands projets.

Tunnel sous Fourrière, piscine du Rhône, grands ensembles: un film s’attache à montrer que si le béton est associé à cette période des trente glorieuses et au malaise des banlieues qui va en résulter, la « matière grise » (le ciment) n’en est pas pour autant la cause.

Au-delà de cet aspect historique, les plus jeunes ont de quoi se projeter. Qu’il s’agisse de la manière dont on fabrique le béton ou de la multitude métiers qui y sont rattachés. D’autant que la dernière salle donne un formidable aperçu des formes et autres textures que l’on peut envisager avec. Si on nous avait dit que le béton pouvait faire rêver…

Alexandre Buisine

Sacré béton !, jusqu’au 18 décembre 2016, du mardi au dimanche de 14 heures à 18 heures au Musée urbain Tony Garnier. 4, rue des Serpollières Lyon 8e. www.museeurbaintonygarnier.com

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